Du’un livre soit acheté en Espagne ou un aspirateur en France sur le site d’Amazon, la commande sera facturée au Luxembourg, par l’entreprise Amazon EU. Avec seulement deux cent trente-cinq salariés, cette société a réalisé en 2012 près de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, mais, grâce à un savant montage financier, seulement 20,4 millions de bénéfices. Elle contrôle les déclinaisons nationales des structures implantées en Europe qui réalisent le travail effectif de la multinationale : logistique, marketing, relations avec les fournisseurs, etc. Au sommet de cette pyramide de holdings trône la réserve financière de la société, Amazon Europe Holding Technologies SCS, elle-même détenue par trois entités domiciliées dans l’Etat du Delaware, un paradis fiscal aux Etats-Unis.

Au cœur de cet échafaudage fiscal, l’échelon Amazon Europe Holding Technologies SCS, également domicilié au Luxembourg, engloutit et déverse des flots d’argent : il avait accumulé 1,9 milliard d’euros de réserve à la fin 2011, sans employer un seul salarié. Ce mécanisme complexe d’évasion fiscale permet à la multinationale de se soustraire à l’impôt des pays où elle est implantée et dont elle aspire des sommes colossales. Depuis que son cadre dirigeant Andrew Cecil a fourni un tableau aux parlementaires britanniques membres de la commission des finances, le chiffre d’affaires (CA) français est connu : il atteint 889 millions d’euros pour 2011. Or les filiales françaises déclarent au fisc des sommes considérablement inférieures, à tel point qu’elles font actuellement l’objet d’un redressement fiscal de 198 millions d’euros.

Qu’importe. La filiale française d’Amazon logistique, qui gère les entrepôts et emploie plus d’un millier de salariés, a déclaré en 2012 un CA de 75 millions d’euros et un résultat de 3,2 millions. Lors de la création du troisième entrepôt français à Chalon-sur-Saône, encouragée et défendue par le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, elle a bénéficié de subventions publiques. En plus des subsides de l’Etat et du conseil général de Saône-et-Loire, le conseil régional de Bourgogne, présidé par le socialiste François Patriat, a versé 1,125 million d’euros à Amazon pour l’embauche de deux cent cinquante salariés en contrat à durée indéterminée (CDI). « Le pire, commente un ancien manager de la société, c’est que ces élus ne veulent pas voir qu’Amazon, à travers des projets très sérieux, investit massivement dans la robotisation. Ces emplois, inéluctablement, disparaîtront. »

Une solution?
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Comment les multinationales échappent à l'impôt ?
Du’un livre soit acheté en Espagne ou un aspirateur en France sur le site d’Amazon, la commande sera facturée au Luxembourg, par l’entreprise Amazon EU. Avec seulement deux cent trente-cinq salariés, cette société a réalisé en 2012 près de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, mais, grâce à un savant montage financier, seulement 20,4 millions de bénéfices. Elle contrôle les déclinaisons nationales des structures implantées en Europe qui réalisent le travail effectif de la...

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