Pour ses « interviews dans le passé », La Reprise interroge de grands esprits sur notre époque contemporaine. Elle interroge ici Etienne de la Boétie, écrivain et poète français mort le 18 août 1563 à l’âge de 32 ans, auteur de « Le discours de la servitude volontaire ». Seules les réponses en italique ne sont pas extraits de ses écrits.

La Reprise : Bonjour Étienne de La Boétie. Dans Le discours de la servitude volontaire en 1548 vous expliquiez que le peuple était responsable de son propre sort.

Étienne de La Boétie : En effet, ce sont les peuples eux-mêmes qui se laissent, ou plutôt qui se font malmener, puisqu’ils en seraient quittes en cessant de servir. C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug ; qui consent à son mal, ou plutôt qui le recherche…

LR : Depuis il y a tout de même eu la Révolution française et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la démocratie et le suffrage universel. Les choses ne sont plus comparables.

ELB : Ce que j’appelle les maîtres ou les tyrans, ces gens là ont changé de nature, il est vrai. Mais la servitude volontaire du peuple, en dépit d’épisodes révolutionnaires finalement assez brefs, n’a pas disparu parce que ses causes elles-mêmes ont subsisté.

LR : Avant de parler de ces causes, disons tout de même un mot de ce que vous nommez les tyrans : l’élection a nécessairement modifié le rapport du peuple à ses gouvernants.

ELB : Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. Celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu’il devrait être plus supportable et je vois bien entre ces tyrans quelques différences.

Mais de choix, je n’en vois pas : car s’ils arrivent au pouvoir par des moyens divers, leur manière de règne est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature.

LR : Si ce n’est pas aux maîtres et aux tyrans, ce sont donc aux causes de la servitude volontaire qu’il faut nécessairement s’attaquer… Vous en identifiez trois.

ELB : La première raison de la servitude volontaire, c’est toujours l’habitude.

Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.

Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance.

L’habitude, qui exerce en toutes choses un si grand pouvoir sur nous, a surtout celui de nous apprendre à servir et, comme on le raconte de Mithridate, qui finit par s’habituer au poison, celui de nous apprendre à avaler le venin de la servitude sans le trouver amer.

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Citation de Étienne de La Boétie 1
Pour ses « interviews dans le passé », La Reprise interroge de grands esprits sur notre époque contemporaine. Elle interroge ici Etienne de la Boétie, écrivain et poète français mort le 18 août 1563 à l’âge de 32 ans, auteur de « Le discours de la servitude volontaire ». Seules les réponses en italique ne sont pas extraits de ses écrits. La Reprise : Bonjour Étienne de La Boétie. Dans Le discours de la servitude volontaire en 1548 vous expliquiez que le peuple était...
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