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Traduction par Romain - Correction par Romain pour Inform'Action.

Par Yael Even Or, le 23 juillet 2014 - Traduit par Romain pour Inform'Action.

Yael Even Or est journaliste et activiste israélite qui, lors de son service, a évalué des candidats pour le service de recrutement de l’armée israélite. Elle vit actuellement à New York.

À chaque fois que l’armée israélite enrôle des réservistes (généralement d’anciens soldats), dissidents, résistants et déserteurs font partie des troupes appelées à combattre. Maintenant qu’Israël a de nouveau envoyé ses troupes à Gaza et que les réservistes ont été appelés à servir, des dizaines d’entre eux refusent d’y prendre part.

Nous sommes plus de 50 anciens soldats israélites, et nous déclarons que nous ne souhaitons pas faire partie des réservistes. Nous nous opposons à l’armée israélite et à la loi sur la conscription, en partie car nous condamnons l’opération militaire en cours. Mais la plupart de ceux qui ont signé en bas de cet article sont des femmes et n’auraient pas pris part au combat. Pour nous, l’armée n’est pas seulement critiquable pour son « Opération bordure protectrice », ou encore pour l’occupation. Nous maudissons la militarisation d’Israël et les politiques discriminatoires de l’armée, par exemple, la façon dont les femmes sont souvent reléguées à des postes de secrétaire de bas échelon. Autre exemple, le système de sélection qui est discriminatoire envers les Mizrahim (des juifs dont les familles sont originaires de pays arabes) en les empêchant d’être justement représentés au sein des unités les plus prestigieuses de l’armée. Dans la société israélite, c’est ton unité et ton poste qui déterminent ton avenir professionnel une fois de retour dans la vie civile.

Pour nous, l’opération militaire en cours et la façon dont la militarisation affecte la société israélite sont inséparables. En Israël, la guerre n’est pas l’une des facettes de la politique, elle remplace la politique. Israël n’est plus capable de réfléchir à une solution au conflit politique autre que la force ; pas étonnant que le pays ne soit voué qu’à des cycles sans fin de violence mortelle. Et lorsque les canons tirent, il n’y a pas de place pour la critique.

Cette pétition, qui a été longue à élaborer, est vraiment urgente à cause de l’opération militaire brutale lancée en notre nom. Et, bien que les combattants soient généralement ceux qui continuent la guerre actuelle, leur travail ne serait pas possible sans les nombreux postes administratifs que la plupart d’entre nous ont occupés. Ainsi, s’il y a lieu de s’opposer aux opérations de combat à Gaza, il y a également lieu de s’opposer au système militaire dans son ensemble. Voici le message de cette pétition :

*      *      *

Nous étions soldats dans différentes unités et à différents postes au sein de l’armée israélite. Un fait que nous regrettons désormais car, pendant notre service, nous avons découvert que les troupes qui opéraient dans les territoires occupés n’étaient pas les seules à appliquer les mécanismes de contrôle sur les Palestiniens. En réalité, toute l’armée est impliquée. Et c’est pourquoi nous refusons désormais d’effectuer nos devoirs de réservistes, et nous soutenons tous ceux qui résistent lorsqu’ils sont appelés à servir.

L’armée israélite, une part importante de la vie des israélites, est également le pouvoir qui domine les Palestiniens qui vivent dans les territoires occupés en 1967. Depuis qu’elle fait partie de notre structure actuelle, sa parole et sa mentalité nous contrôlent : pour nous, le monde est bon ou mauvais, conformément aux catégories plébiscitées par l’armée ; l’armée assume un rôle d’autorité principale sur ceux qui ont plus ou moins de valeur (qui est davantage responsable de l’occupation, qui est autorisé à en faire entendre sa résistante et qui ne l’est pas, et la façon dont il est autorisé à le faire). L’armée joue un rôle central dans chaque proposition et plan d’action examinés lors des débats nationaux, ce qui explique l’absence de réels arguments en faveur des solutions non militaires aux conflits dans lesquels Israël est engagé avec ses voisins.

Les Palestiniens résidant en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza sont privés de droits civiques et de droits de l’homme. Leur système juridique est différent de celui de leurs voisins juifs. Et cela n’est pas uniquement la faute des soldats qui opèrent dans ces territoires. Par conséquent, ces troupes ne sont pas les seuls obligés de refuser. Nombre d’entre nous ont servi en ayant des postes bureaucratiques et logistiques. Nous y avons découvert que toute l’armée aide à mettre en œuvre l’oppression des Palestiniens.

De nombreux soldats qui n’occupaient pas de postes de combat refusent de résister car ils pensent que leurs actions, souvent routinières et banales, se trouvent bien loin de la violence qui règne ailleurs. Mais ces actions ne sont pas banales (par exemple, les décisions de vie ou de mort de Palestiniens sont prises dans des bureaux à des kilomètres de la Cisjordanie) et sont classées secret défense, le public a donc du mal à en débattre. Malheureusement, nous n’avons pas toujours refusé d’effectuer les tâches qu’on nous avait affectées et avons, par conséquent, également contribué aux actions violentes de l’armée.

Au cours de notre passage dans l’armée, nous avons été témoins du (ou participé au) comportement discriminatoire de l’armée : la discrimination structurelle contre les femmes, qui commence par les présélections et l’affectation des postes ; le harcèlement sexuel qui était une réalité quotidienne pour certain(e)s d’entre nous ; les centres d’intégration des immigrants qui dépendent de l’assistance militaire. Certains d’entre nous étaient aux premières loges lorsque la bureaucratie a délibérément affecté les étudiants techniques à des postes techniques, sans leur laisser la possibilité d’occuper d’autres postes. Nous avons été placés dans des formations parmi des gens qui nous ressemblaient, au lieu de nous mélanger et de nous socialiser comme l’armée prétend le faire.

L’armée tente de se présenter telle une institution permettant la mobilité sociale, un véritable tremplin dans la société israélite. En réalité, elle ne fait que perpétrer la ségrégation. Nous pensons que ce n’est pas par hasard que ceux qui viennent de familles à revenus moyens et élevés atterrissent dans les services de renseignement d’élite, puis vont bien souvent travailler pour des sociétés de technologies qui versent de gros salaires. Nous pensons que ce n’est pas par hasard que, lorsque des soldats affectés à la maintenance des armes ou à l’unité des quartiers-maitres désertent ou quittent l’armée, bien souvent car ils doivent aider financièrement leurs familles, ces derniers sont appelés « draft-dodgers, insoumis, déserteurs et réfractaires ». L’armée incarne l’image du « bon israélite » qui, en réalité, abuse de son pouvoir en soumettant les autres. La place centrale qu’occupe l’armée dans la société israélite et cette image idéale qu’elle véhicule agissent de concert pour anéantir les cultures et les combats des Mizrahim, des Éthiopiens, des Palestiniens, des Russes, des Druzes, des ultra-orthodoxes, des bédouins et des femmes.

Nous avons tous participé à cette idéologie, à un niveau ou à un autre, et avons pris part au jeu du « bon israélite » qui sert l’armée avec loyauté. Mais surtout, notre service a vraiment fait avancer nos positions dans les universités et sur le marché du travail. Nous avons établi des contacts et avons tiré parti l’accueil chaleureux du consens israélite. Mais, pour les raisons que je vous citées plus haut, ces avantages n’en valaient pas le coup.

En vertu de la loi, certains d’entre nous sont toujours inscrits aux forces réservistes (d’autres ont réussi à se faire exempter), et l’armée conserve nos noms et nos informations personnelles, ainsi que la possibilité juridique de nous mettre « au service ». Mais nous n’y participerons pas, d’aucune façon.

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les gens refusent de servir dans l’armée israélite, ce même si nos histoires et nos motivations sont différentes de celles pour lesquelles nous avons écrit cette lettre. Néanmoins, nous soutenons les résistants contre les attaques contre ceux qui résistent à la conscription : les étudiants du secondaire qui ont écrit une lettre déclarant leur refus, les ultra-orthodoxes qui protestent contre la nouvelle loi sur la conscription, les Druzes qui ont refusé de participer, ainsi que tous ceux dont la conscience, la situation personnelle ou économique ne leur permettent pas de servir. Sous le couvert d’un débat sur l’égalité, ces personnes sont obligées d’en payer le prix. Plus jamais.

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Yael Even Or / Efrat Even Tzur / Tal Aberman / Klil Agassi / Ofri Ilany / Eran Efrati / Dalit Baum / Roi Basha / Liat Bolzman / Lior Ben-Eliahu / Peleg Bar-Sapir / Moran Barir / Yotam Gidron / Maya Guttman / Gal Gvili / Namer Golan / Nirith Ben Horin / Uri Gordon / Yonatan N. Gez / Bosmat Gal / Or Glicklich / Erez Garnai / Diana Dolev / Sharon Dolev / Ariel Handel / Shira Hertzanu / Erez Wohl / Imri Havivi / Gal Chen / Shir Cohen / Gal Katz / Menachem Livne / Amir Livne Bar-on / Gilad Liberman / Dafna Lichtman / Yael Meiry / Amit Meyer / Maya Michaeli / Orian Michaeli / Shira Makin / Chen Misgav / Naama Nagar / Inbal Sinai / Kela Sappir / Shachaf Polakow / Avner Fitterman / Tom Pessah / Nadav Frankovitz / Tamar Kedem / Amnon Keren / Eyal Rozenberg / Guy Ron-Gilboa / Noa Shauer / Avi Shavit / Jen Shuka / Chen Tamir

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Nous, réservistes israélites : nous refusons de servir
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