Traduction réalisée par Inform'Action
Article Traduit du Guardian par Claire et Baptiste, relecture par Romain

Des gouvernements affranchissent les entreprises multinationales de la loi, les laissant réduire le monde en miettes.

Qu’ont appris les gouvernements de la crise financière ? Je pourrais écrire tout un article pour l’expliquer en détail. Ou je pourrais faire le même travail en un mot : rien.

D’ailleurs, c’est trop généreux. Les leçons apprises sont des contre-leçons, de l’anti-connaissance, de nouvelles politiques conçues pour garantir la répétition de la crise, mais cette fois avec plus d’élan et moins de recours. La crise financière est une crise parmi de multiples crises : imposition, dépenses publiques, santé publique, et par-dessus tout, l’écologie, que ces mêmes contre-leçons accélèrent.

Prenez un peu de recul et vous verrez que ces crises proviennent de la même cause. Les joueurs au pouvoir immense et à l’influence planétaire sont libérés de la contrainte démocratique, et tout cela est dû à une corruption fondamentale au cœur de la politique. Dans presque toutes les nations, les intérêts des élites économiques ont tendance à peser plus lourdement que ceux de l’électorat. Les banques, les entreprises et les propriétaires exercent un pouvoir incalculable, qui influencent la classe politique en un clin d’œil. La gouvernance mondiale commence à ressembler à une réunion sans fin du groupe Bilderberg.

Comme l’affirme le professeur de droit Joel Bakan dans un article pour le Cornell International Lay Journal, deux changements pressants ont eu lieu simultanément. D’une part, les gouvernements ont abrogé des lois qui formulaient des restrictions aux banques et aux entreprises, avançant que la mondialisation affaiblit les états et empêche une législation effective. D’après eux, nous devrions plutôt avoir confiance en ceux qui exercent le pouvoir économique afin de se réguler eux-mêmes.
D’autre part, ces mêmes gouvernements ont élaboré des nouvelles lois draconiennes pour renforcer le pouvoir de l’élite. On donne aux entreprises les droits de personnes physiques ou morales. Leurs droits de propriété sont augmentés. Ceux qui protestent contre eux ont des chances d’être sous surveillance et fliqués, un style plus approprié aux dictatures qu’aux démocraties. Bon évidemment le pouvoir de l’état existe encore, quand on le veut bien...

« L’accord de partenariat transpacifique et Tafta ont plus à voir avec le pouvoir que le commerce. »

Beaucoup auront entendu parler de l’accord de partenariat transpacifique et de la proposition de partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TAFTA). On considère ces derniers comme des traités commerciaux, mais ils ont moins à voir avec le commerce qu’avec le pouvoir. On considère ces derniers comme des traités commerciaux, mais ils ont moins à voir avec le commerce qu’avec le pouvoir. Ils seraient plutôt conçus pour exacerber et étendre à échelle planétaire nos multiples crises (financière, sociale et environnementale). Mais quelque chose de bien pire est à venir ; des négociations, une fois de plus tenues en secret, ont conclu un accord sur le commerce des services (TiSA), couvrant l’Amérique du Nord, l’Union Européenne, le Japon, l’Australie et de nombreux autres états.

C’est seulement grâce à Wikileaks que nous avons une idée de ce qui se trame. Il y’a des chances pour que ces accords soient utilisés pour pousser les états à accepter de nouveaux produits et services financiers, pour autoriser la privatisation des services publics et réduire les soins et ressources élémentaires de base. Il semblerait que la plus grande attaque à la démocratie ait été manigancée ces deux dernières décennies. Ce qui en dit plutôt long.

L’État retourné contre lui-même proclame n’avoir aucun pouvoir alors qu’il détruit ses propres capacités à légiférer, à échelle internationale et au sein du pays. Comme si la dernière crise n’avait pas eu lieu et apparemment inconscient des causes qui l’auraient provoquée, George Osborne, dans son plus récent discours à la City de Londres, explique à son public de banquiers qu’« une demande centrale dans nos renégociations consiste à arrêter la régulation couteuse et préjudiciable.» David Cameron se targuait de diriger « le premier gouvernement de l’histoire moderne à avoir moins de régulation en place à la fin de sa législature qu’il n’en avait au début.»

Dans un monde qui se complexifie à grande vitesse, où la criminalité des entreprises est en plein essor, ceci n’est que pure imprudence. Cette semaine, la première révision globale de l’auto-régulation a été publiée. Il peut se réguler de lui-même.

Certains d’entre nous ont suspecté cette farce grosse comme une maison pendant longtemps. Mais jusqu’à maintenant, le soupçon est la seule certitude que nous avons. Cette semaine, la première révision globale de l’auto-régulation a été publiée. Elle a été commandée par la Britain Royal Society for the Protection of Birds, mais elle couvre tous les secteurs, du prêteur sur salaire à l’éleveur canin. Et elle montre dans presque tous les cas de figure (82% des 161 projets évalués) que les mesures volontaires ont échoué.

Par exemple, lorsque l'Union européenne cherchait à réduire le nombre de piétons et cyclistes tués par des véhicules, elle aurait simplement pu passer une loi donnant l’instruction aux industrielles automobiles de changer leur conception des pare-chocs et des capots, à un coût avoisinant les 30€ par voiture. À la place, elle s’est appuyée sur une entente volontaire avec le secteur industriel.

Quand le gouvernement gallois a instauré une taxe de 5 cents sur les sacs plastiques, leur utilisation a dégringolé de 80% en l’espace d’une journée. À la place, elle s’est appuyée sur une entente volontaire avec le secteur industriel. Résultat ? Une importante réduction de 6% . Après avoir gâché sept années, le gouvernement a succombé le mois dernier à cette logique évidente, et réinstauré une taxe.

Les contributions volontaires conçues pour limiter l’exposition des enfants à des publicités de malbouffe en Espagne, pour diminuer les gaz à effets de serre au Canada, pour économiser l’eau en Californie, pour sauver les albatros des palangriers (bateaux de pêche à grands filets) en Nouvelle-Zélande, pour protéger les patients de chirurgie esthétique au Royaume-Uni, pour faire cesser le marketing agressif de médicaments psychiatriques en Suède : échec, échec, échec, échec. Ce que l’État aurait pu réaliser efficacement d’un revers de la main et à moindre coût, a été laissé aux tentatives maladroites des industries qui, même lorsqu’elles sont sincères, sont fatalement mises à malle par des profiteurs et opportunistes.

Dans plusieurs cas, des entreprises ont réclamé des nouvelles lois pour rehausser les normes dans le secteur industriel. Ceux qui fabriquent les emballages plastiques d’ensilage pour les fermiers par exemple, ont essayé d’obtenir du gouvernement britannique une hausse du taux de recyclage, alors que les entreprises de jardinage voulaient des ajustements pour supprimer l’utilisation de la tourbe. Les gouvernements ont refusé. Serait-ce le résultat d’une idéologie aveugle, d’un sordide opportunisme, ou bien des deux ? Les plus grands mécènes des partis politiques ont tendance à être les pires gestionnaires, ayant de l’argent pour monnayer leur fraude légale. (cf Enron > http://www.theguardian.com/business/enron)

Parce que les partis qu’ils financent se plient à leurs volontés, tous dans cette société sont forcés d’adopter des normes libérales. J’ai idée que les gouvernements savent aussi bien que quiconque que la Loi est plus efficace et productive que l’auto-régulation. C’est pourquoi on ne l’utilise pas.
Freiner l’électorat, donner carte blanche au pouvoir : c’est une formule parfaitement conçue pour une crise multidimensionnelle. Et bien on en récolte les fruits !

Une solution?
Traduction
La tempête financière à venir n’est qu’une des conséquences du pouvoir sans limite des entreprises
Des gouvernements affranchissent les entreprises multinationales de la loi, les laissant réduire le monde en miettes. Qu’ont appris les gouvernements de la crise financière ? Je pourrais écrire tout un article pour l’expliquer en détail. Ou je pourrais faire le même travail en un mot : rien. D’ailleurs, c’est trop généreux. Les leçons apprises sont des contre-leçons, de l’anti-connaissance, de nouvelles politiques conçues pour garantir la répétition de la crise, mais cette fois...

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