L’affaire Karachi recouvre deux dossiers distincts : le financement illicite de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, l’attentat de 2002 au Pakistan contre un bus transportant des salariés de la DCN. Elle fut, avec l’affaire de la Caisse d’Epargne et l’affaire Bernard Tapie, la première de ces enquêtes d’initiative dont Mediapart s’est fait une spécialité : un journalisme d’intérêt public qui assume sa responsabilité démocratique sans se faire le relais passif du travail des juges ou des policiers.

Qu’il s’agisse de la corruption d’élites dirigeantes ou de la vérité due aux victimes, Mediapart eut dans cette affaire un rôle actif qui influença le cours des choses, aussi bien celui du débat public que celui des investigations judiciaires. C’est évidemment sur ce travail, assumé jusqu’à aujourd’hui par Fabrice Arfi, que s’appuie le film de Jean-Christophe Klotz, produit par nos amis de Nova en association avec Mediapart. Mais il fait plus et mieux, par cette intelligence sensible du récit, des situations et des personnages que seul, sans doute, l’art cinématographique peut apporter. Et aussi par la force de témoignages inédits qui, jusque dans leurs silences ou leurs embarras, sont porteurs de révélations stupéfiantes.

Construit en trois actes, à la manière d’une fable dont la mise en scène distanciée mêle l’ironie qui démasque à la tragédie qui bouleverse, L’argent, le sang et la démocratie fait surgir une question plus lourde encore que nos révélations factuelles : celle de la responsabilité politique. Ou plutôt du sens même du mot « politique » en démocratie. Qu’il s’agisse d’un éminent juriste (Jacques Robert, membre du Conseil constitutionnel de 1989 à 1998), d’un célèbre magistrat (Jean-Louis Bruguière, longtemps juge d’instruction anti-terroriste) ou d’un ancien ministre de la défense (le socialiste Alain Richard, dans le gouvernement Jospin 1997-2002), tous à des degrés divers opposent les contraintes d’une politique entendue comme raison d’Etat à l’exigence de vérité et de justice.

Le film de Jean-Christophe Klotz et Fabrice Arfi met froidement à nu cette politique abaissée et rabaissée, dévitalisée par la perte de ses repères démocratiques et citoyens. Jacques Robert laisse percer un regret en forme d’autocritique sur la validation truquée des comptes de campagne d’Edouard Balladur par le Conseil constitutionnel dont il était membre en 1995. Jean-Louis Bruguière s’enferre dans sa défense, jusqu’à l’aveuglement judiciaire, de souverainetés nationales dont il sait pertinemment qu’elles couvrent des crimes d’Etat. Et Alain Richard lâche l’aveu que le gouvernement de Lionel Jospin a préféré étouffer le scandale au prétexte que sa révélation ferait le jeu de l’extrême droite, alors même que c’est le silence et le mensonge qui en font le lit, rendant gauche et droite gouvernementales tacitement complices du discrédit de la République.

Voici donc un film qui est une formidable leçon d’instruction civique à l’usage de ceux qui nous gouvernent et qui, trop souvent, à l’abri de secrets injustifiés et d’arrangements inavouables, oublient ce qu’exige le service de la démocratie, c’est-à-dire d’un peuple souverain. Un film qui, par conséquent, est une arme citoyenne pour tous ceux qui espèrent un sursaut face au présidentialisme délétère qui étouffe, assèche et discrédite notre vie publique.

(source de la description : https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/151013/toujours-visible-sur-... )

  • Durée : 3h08
  • Date : 2013
  • Source : ARTE
Une solution?
2 - VIDEO
L'argent, le sang et la démocratie (Affaire Karachi) Documentaire ARTE
  L’affaire Karachi recouvre deux dossiers distincts : le financement illicite de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, l’attentat de 2002 au Pakistan contre un bus transportant des salariés de la DCN. Elle fut, avec l’affaire de la Caisse d’Epargne et l’affaire Bernard Tapie, la première de ces enquêtes d’initiative dont Mediapart s’est fait une spécialité : un journalisme d’intérêt public qui assume sa responsabilité démocratique sans se faire le relais...

Donnez votre avis!

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour publier un commentaire